Humeur du jour : « J’y arrive pas, c’est trop dur »

Nous sommes mercredi, et le mercredi traditionnellement c’est le jour des enfants.

Et bien dorénavant le mercredi ne sera plus le jour de Shirley. Shirley fait partie des 12 élèves de l’ULIS dans laquelle je suis AESH CO. C’est une jeune fille de 12 ans  pétillante, drôle, pleine de vie (mais vraiment hein, parfois on aimerait qu’elle ait un peu moins d’énergie).

Aujourd’hui nous nous rendons ensemble en cours d’EIST. Depuis quelques semaines déjà, les choses se compliquent pour elle dans cette matière, l’enseignant dit que tout va bien (mais on est bien d’accord, que comme je suis là, il ne s’occupe absolument pas d’elle et du coup pour lui ça va → traduction « elle ne me demande pas de travail en plus, donc ça va »), avec l’enseignant de l’ULIS nous décidons d’attendre encore un peu, d’observer, de demander à Shirley si ça va, de proposer moult adaptations. Sans doute avons nous attendu trop longtemps.

Le cours n’avait pas démarré depuis 10 minutes qu’elle m’avait posé au moins 10 questions… avant d’attendre la réponse, elle enchaînait sur une autre interrogation. Je lui demande d’écouter  les consignes, que je suis contente qu’elle aille chez mamie cet après-midi, que si elle n’écoute pas elle ne pourra pas comprendre, que c’est super Matt Pokora, que là il faut vraiment écouter…

Alors que je suis très attentive pour être certaine de mon côté de bien comprendre, je la trouve étrangement silencieuse. Je me retourne et je vois quelques larmes couler sur ses joues. Et elle me répond de sa toute petite voix « J’y arrive pas, c’est trop dur ».

J’ai bien failli pleurer avec elle. Parfois avec certains élèves on atteint les limites de l’inclusion. Nous visons le bien être au collège… Nous allons probablement revoir les objectifs de Shirley, parce que le professeur d’EIST lui ne changera pas sa façon de faire, pour s’adapter à elle.

Ne t’inquiète pas Shirley, on va trouver un solution. On veut juste voir de jolis sourires sur ton visage.

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6 commentaires

  1. Émouvant et criant de vérité, surtout ce passage trop souvent rencontré :

    « l’enseignant dit que tout va bien (mais on est bien d’accord, que comme je suis là, il ne s’occupe absolument pas d’elle et du coup pour lui ça va → traduction « elle ne me demande pas de travail en plus, donc ça va ») ».

    Ras le bol de ce « je m’en foutisme de la part des profs ».
    C’est fatiguant de devoir chaque jour se battre pour l’inclusion et l’adaptation pédagogique des élèves que nous accompagnons.
    C’est révoltant de voir le peu d’implication, de compassion de certains enseignants. Certains franchissent les limites de la maltraitance en les humiliant, les stigmatisant à outrance.
    Ceux-là au moins, c’est clair, pas d’inclusion dans leur classe pour le bien être de l’enfant.

    Mais malheureusement il y a les autres, la plus grande partie, ceux qui se reposent sur nous à 100%, ceux qui nous acceptent de loin, du fond de la classe, les adeptes du « tout va bien ». Alors qu’en fait rien ne va, les cours ne sont pas adaptés, rien de rien, les cours sont dictés comme au lycée, les élèves accompagnés ne sont pas interrogés même si l’enfant lève le doigt. Des élèves délaissés mais qui doivent rester tranquille et ne pas perturber la classe .
    Que d’injustice à vivre chaque jour,
    Le silence nous est parfois imposé mais comment aider un élève sans parole…bref c’est l’indifférence totale… pour ses jeunes et pour nous.

    J’ai bien aimé ce passage qui résume à lui tout seul le difficile travail d’un dispositif ULIS dans un collège aujourd’hui, plus de 10 ans après l’entrée en vigueur de la loi pour l’inclusion scolaire et sociale.

    « Nous visons le bien être au collège… Nous allons probablement revoir les objectifs de Shirley, parce que le professeur d’EIST lui ne changera pas sa façon de faire, pour s’adapter à elle. »

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  2. Ce témoignage est très juste et me fait penser au film « primaire » que je viens de visioner au cinéma ou à un autre commentaire de Bernard Zapata-Boxberger:
    Et si… Si on se trompait tous de direction. Si le problème c’était simplement de vouloir faire rentrer tous les mômes dans la même boite ! Si finalement l’école n’était qu’une réponse donnée à un profil de mômes qui finalement ne représentent qu’une part marginale de la population. Si en dernière analyse ce modèle n’était là que pour perpétuer un modèle social qui part en brioche un peu plus chaque jour ?
    Si un jour on se réveillait en se disant que finalement, un môme est un môme et que le môme du voisin n’est pas le notre et que la famille Ricoré n’est qu’un truc bidon qui pourrit la vie à tout le monde, enfants, parents profs.
    Alors peut-être découvririons-nous que toutes ces choses merveilleuses que l’on appelle langage, savoir, construction, imagination découverte se font très bien sans tout un fatras de contraintes qui ne font que gêner les apprentissages. Que, ce faisant nous pourrions former des ingénieurs, des inventeurs, des techniciens et des savants dont nous avons besoin pour construire le monde. Si seulement on laissait le temps au môme d’apprendre le système solaire sans trop se préoccuper de la forme des lettres, la rectitude des lignes.
    Si quelque chose mérite que l’on s’arrête pour réfléchir, c’est bien cela. Merci aux dysquelquechoses de jouer les empêcheurs d’enseigner en rond, ils nous ouvrent un tout autre monde.
    L’éducation est décidément un truc trop important pour la laisser aux politiques!

    Aimé par 2 people

  3. Père d’un fils handicapé et ancien instit, je me suis souvent posé des questions…
    Cette position particulière m’a permis de mieux prendre en compte certains élèves accompagnés de leurs AVS mais aussi de toucher les limites du système: la gestion d’un (ou de plusieurs enfants handicapés comme c’est arrivé à ma femme) dans une classe est parfois incompatible avec la gestion d’une classe qui est, il faut le répéter, un métier difficile et prenant à 100%. Faire plus que 100 % est parfois au-dessus des forces de l’enseignant.
    Dans mon cas, travaillant en zone favorisée, j’arrivais à dégager du temps pour m’occuper de certains enfants. Dans le cas de mon épouse en ZEP, avec des classes entières en difficulté et parfois deux handicapés et deux AVS, ça devenait la foire. Mère d’un handicapé, elle s’est donné à fond jusqu’à l’usure et a lâché le boulot à 56 ans. Quand elle a demandé à un inspecteur général comment on faisait dans un cas comme le sien, on lui a dit « vous savez faire ». Le lendemain, elle se faisait remonter les bretelles par son inspectrice et envoyer en stage en punition.
    Mon fils a été souvent mis de côté mais je sais qu’on ne peut pas tout… Et puis l’intégration peut être parfois une souffrance quand on essaie à toute force d’adapter celui qui ne peut pas s’adapter.
    Ne jetez pas la pierre aux enseignants, vous vous trompez de cible.

    Aimé par 2 people

    • Dans ce cas précis, l’enseignant ne se retrouve pas devant une classe « difficile ». Il tolère cette élève et pour lui tout va bien, car elle ne se fait pas remarquer, qu’il n’adapte rien et qu’il se fiche un peu de savoir comment elle vit son inclusion. Il y a des enseignants formidables qui n’arrivent pas à adapter le travail, mais aussi certains qui ne veulent pas.

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