Lettre à Monsieur le Président de la République

Monsieur Emmanuel MACRON

Président de la République

Palais de l’Élysée

55, rue du Faubourg Saint-Honoré

75008 PARIS

Objet : Situation des élèves d’ULIS dans le Gard

Monsieur le Président,

je suis enseignant dans la commune de Connaux, dans le Gard. Si je vous envoie cette lettre aujourd’hui, c’est parce que durant votre campagne, vous avez manifesté de l’intérêt pour la question du handicap à l’école, notamment avec votre promesse de donner à chaque enfant le nécessitant la possibilité de bénéficier d’une auxiliaire de vie scolaire.

Je me permets d’attirer votre attention sur le cas des élèves relevant des unités locales pour l’inclusion scolaire (ULIS). Ces structures accueillent des enfants en situation de handicap, au sein des établissements scolaires « ordinaires ». Ces ULIS, que ce soit au sein d’écoles ou de collèges, sont l’incarnation de l’école inclusive telle que nous l’avons longtemps souhaitée et telle qu’elle devrait être. Elle permet aux enfants de bénéficier d’un enseignement « à la carte », tenant compte de leurs difficultés et respectant leur rythme. Elles mettent à contribution tous les enseignants de l’école, qui accueillent chaque élève dans leurs classes en fonction de leurs capacités et non de leur classe d’âge. Enfin, elles sont le lieu privilégié du travail entre partenaires du milieu médico-éducatif et pédagogique (éducateurs, psychologues, orthophonistes…).

Ces structures ont permis à de nombreux élèves de se sentir de nouveau heureux d’être élèves, de reprendre goût aux savoirs, de gagner en autonomie et en confiance en eux. Elles permettent également aux élèves scolarisés en circuit ordinaire de côtoyer des élèves en situation de handicap et par là même à apprendre à accepter la différence.

Cependant, il y a un gros bémol à ce tableau qui jusqu’ici paraîtrait presque idyllique : il s’agit du manque de place dans ces structures au sein des collèges. Le nombre d’ULIS collège est extrêmement insuffisant pour permettre aux élèves d’ULIS école de continuer leur scolarisation au sein de ce dispositif. Pour l’année scolaire 2017/2018, pour le seul département du Gard, ce ne sont pas moins de 140 élèves qui, faute de place en ULIS collège, se retrouvent catapultés (et le mot n’est pas du tout une hyperbole, croyez-moi) dans le circuit ordinaire, avec une AVS dans le meilleur des cas. Les listes d’attente pour une place en ULIS collège ne cessent de s’allonger, et certains enfants restent plusieurs années en cycle ordinaire en attendant de pouvoir être accueillis dans la bonne structure.

Comment imaginer un enfant de 12 ans qui vient tout juste d’accéder à la lecture, au prix d’un dévouement sans faille des enseignants et personnels de son école d’origine, se retrouver en 6ème ordinaire ? Même avec une aide, aussi patiente et dévouée soit-elle, le décalage est beaucoup trop important. Renvoyer ces enfants dans le circuit ordinaire, même temporairement (et 1 à 3 ans, c’est long quand on en a 12 !), c’est détruire à la masse la confiance qu’ils ont mis tant de temps à retrouver, c’est nier totalement les progrès parfois extraordinaires qu’ils ont accompli en les remettant immédiatement en situation d’échec. C’est en un mot refuser aux jeunes en situation de handicap une réelle reconnaissance de leurs difficultés, et refuser d’y allouer les moyens nécessaires. C’est les renvoyer vers la spirale de l’échec et les condamner plus tard à la marginalisation.

Monsieur le Président, vous qui dites vous soucier de ces élèves en situation de handicap, je vous en conjure : il faut à tout prix que ce massacre cesse. Il faut des ouvertures d’ULIS collège dans toute la France pour que les professionnels de l’éducation aient les moyens de donner aux élèves en situation de handicap toute l’attention qu’ils méritent.

Je vous remercie par avance de l’attention que vous voudrez bien accorder à ma lettre et vous prie d’agréer, monsieur le Président, l’expression de mon profond respect.

CC : M. Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Éducation Nationale ; Mme Sophie CLUZEL, Secrétaire d’État au handicap

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4 commentaires

  1. Bonjour
    Merci pour votre investissement à vouloir donner un maximum de chances à l’efficacité et suivi scolaire logique de ces élèves en ULIS dont nous nous occupons avec beaucoup d’attention et de missions d’apprentissages sur divers niveaux , sur plusieurs années parfois de 7 à 12 ans ..en leur donnant une confiance en eux grandissante de par la stabilité de ce dispositif qu’est la classe ULIS et de par les inclusions en classe ordinaire qui sont très bénéfiques pour eux.
    A quoi sert tout cet investissement et nos espoirs que nous mettons pour leur avenir si on leur  » coupe l’herbe sous le pied  » ensuite..
    Alors vraiment, merci pour votre appel à notre Président qui a bien dit oui, qu’il améliorerait les choses pour la scolarisation des élèves en situation de handicap, je l’espère fort, très fort, pour eux ! 😊
    Lydia. AESH en ULIS école depuis 4 ans (AVS depuis 8 ans). 🌸

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  2. C’est un très beau métier, si seulement on voulait nous embaucher, stop à la précarité, les gens ne connaissent pas notre souffrance, nous ne sommes pas reconnus et vivons dans des conditions parfois difficiles lorsqu’une séparation survient, pas de CDI est-ce légal ? Tellement d’années à attendre et pas dit qu’il y ait CDI au bout, stop à la précarité.

    Les enfants ont besoin de nous, nous les aimons, certaines personnes quittent le métier par obligation, ils n’ont pas de quoi vivre avec un salaire surtout en primaire où il n’y a que 20h/semaine, est-ce légitime devant nos espoirs, nous faisons tout pour les aider, nous les aimons ainsi que notre métier qui est fabuleux je dois le reconnaître mais l’Etat aussi se doit de nous reconnaître, nous valoriser, suffit de nous prendre pour des pions, sans nous l’inclusion n’est pas possible.

    Je suis AESH de droit public depuis quatre ans.

    Aimé par 1 personne

  3. Je suis , moi même PE en Ulis collège et partage tout à fait ce qui est dit dans cette lettre au président. Toutefois, il y manque un point très important : les élèves venant d’ulis ecole avec une notification IME qui se retrouvent en 6ème ordinaire. N’est-ce pas un manque de respect envers ces jeunes, de ne pas augmenter les places en établissement ? Je travaille en Normandie et tous les jours, je suis honteuse de ce système. Que faire ?

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