Si le passage en CDD AESH ne s’accompagne pas d’une revalorisation du métier et d’une formation améliorée, cela restera compliqué

À chaud. Le gouvernement assure que les Auxiliairesde vie scolaire (AVS), affectés aux élèves handicapés, ne sont pas touchés par la réduction des contrats aidés. Mais pour ces contractuels, la fonction reste toujours précaire et peu valorisée.

Assise sur son canapé mercredi après-midi, Marielle Félicité explique sa situation calmement. Pourtant, elle semble révoltée.
Auxiliaire de vie scolaire (AVS) à l’école primaire Marie-Houdemare à Rouen où elle s’occupe d’une élève atteinte d’autisme, la Darnétalaise juge sa profession mal considérée par l’Éducation nationale. « On nous rappelle bien que nous occupons une fonction et pas un métier » , regrette-t-elle.

Actuellement, la jeune femme travaille vingt-quatre heures par semaine pour un salaire de 690 € par mois. « Cela devrait être au moins le double » , lâche l’AVS. Pourtant, le gouvernement assure que l’école inclusive est une priorité nationale et Emmanuel Macron en avait fait l’un de ses marqueurs de campagne. Actuellement les AVS sont 80 000 en France, 50 000 d’entre eux sont des Contrats aidés d’embauche (CAE) et les autres des accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH), contractualisés.
La volonté affichée de Sophie Cluzel, secrétaire d’État en charge des personnes handicapées, est de sanctuariser ces emplois, et de convertir progressivement les contrats aidés en contrats à durée déterminée. Un pas en avant, mais un pas seulement aux yeux de Marielle, en CDD depuis quatre ans. À ses yeux, la contractualisation est loin d’être la panacée. « Avant de pouvoir passer en CDI, je dois effectuer six CDD d’un an. Ma CDIsation se base sur le dernier contrat. Lors de la sixième année si j’ai un contrat de 15 h par semaine, on me proposera un CDI de quinze heures par semaine. De plus, si je quitte mon travail, je ne peux pas prétendre au chômage. »

À Canteleu, Angélique Dubois, AVS au collège Le Cèdre fait face à la même problématique. « Je touche 1 000 € pour 34 h par semaine. C’est trop peu, j’ai des factures à payer… » Avec en plus, une place pas si facile à trouver auprès des enseignants. Elle s’occupe parfois de plusieurs élèves dans la même classe, avec des handicaps différents. « Je me déplace au minimum dans la classe, sinon je risque de gêner tout le temps le professeur. » Michel Micklarz, président de la coordination Handicap Normandie et ancien directeur de collège, sait combien il est important que ces aidants travaillent en symbiose avec les enseignants.
« C’est primordial. Il faut que l’AESH soit intégré comme un membre du personnel indispensable pour comprendre l’enfant. Il doit être accepté dans la classe. »

Cette non-valorisation du travail d’aidant aux handicapés complique le recrutement.

Dans le seul département de l’Eure, le syndicat d’enseignants du premier degré SNUIPP dénombre 122 élèves qui requièrent l’intervention d’un AVS mais que l’Éducation nationale n’arrive pas à recruter. Or, les AVS sont, si ce n’est indispensables, des aides précieuses à la présence de l’enfant en classe. « Nous avons le cas lors de cette rentrée, d’un élève de primaire qui n’a pu aller en cours qu’à partir du 21 septembre, car il n’y avait aucun AVS de disponible avant cette date », relève Laurence Salaün, membre du même syndicat en Seine-Maritime.

Cette faible valorisation est aussi mal vécue par les parents. L’association Un chromosome d’amour en plus rassemble à Rouen les témoignages de parents qui font face à ce manque d’AVS. « Comme par exemple Timothée, en CM2 en Seine-Maritime, dysexécutif*, : il n’a pas d’AVS depuis la rentrée alors que ses parents ont fait la demande il y a six mois, restitue Rachel Restiau, la présidente de l’association. Il va à l’école mais il ne progresse pas ». Elle-même risque d’être concernée dans les années à venir ; son fils Nathanaël de 15 mois est trisomique et nécessitera un AVS. « J’ai très peur, je sais que ça va être le parcours du combattant. » Son compagnon, trésorier de l’association, pointe de son côté le manque de sensibilisation des enseignants au handicap. « Pendant toute la durée de formation à l’ESPE (École Supérieure du Professorat et de l’Éducation), seulement 6 h de cours sont consacrés aux handicapés », pointe Alexandre Pinchon. Pour lui, le chemin est encore long avant une école vraiment inclusive. « Il faut tout changer et éduquer les enseignants pour qu’ils soient dans une optique pro inclusion. »
Avec de vrais professionnels à leurs côtés. Michel Micklarz en est persuadé : la fin des contrats aidés n’est que le début du chantier. « Si cette contractualisation ne s’accompagne pas d’une revalorisation du métier et d’une formation améliorée, cela restera compliqué. »

Mais rien ne dit que le gouvernement a déjà renoncé à s’y atteler. Ce mercredi, Sophie Cluzel a l’occasion de le confirmer. Elle est auditionnée à l’Assemblée nationale par la commission des affaires culturelles et de l’éducation.

* Une personne qui ne peut pas effectuer des tâches basiques que le cerveau doit normalement effectuer de façon automatique.

Dans l’académie
1 151 contrats aidés (contre 1 602 en 2016-2017).
L’intégralité de la dotation des 1 151 contrats est dédiée à l’accompagnement des élèves en situation de handicap.
Cette dotation s’ajoute aux 913 équivalents temps plein (35 h/semaine) des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) pour l’accompagnement individualisé et collectif.
À la rentrée, plus de
96 % des prescriptions MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) notifiées étaient couvertes.

François VANHOVE

http://www.paris-normandie.fr/ouverture/en-normandie-l-ecole-a-l-epreuve-du-handicap-HI11085112

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5 commentaires

  1. Bonjour,

    AVS depuis février 2016, je suis confrontée également assez souvent au problème suivant :

    Alors que nous-mêmes sommes recrutés sous la forme d’un contrat « aidé », « avenir », « insertion »… on nous demande SANS AUCUNE QUALIFICATION NI VALIDATION DE DIPLOME ou TITRE PROFESSIONNEL VALIDE, d’aider un (des) enfant(s) porteur(s) d’un handicap à s’INSERER dans l’enseignement scolaire ordinaire, sans que nous, AVS, sachions comprendre ni, encore moins, ANTICIPER, le cheminement psychique de cet enfant / ces enfants , qui va les amener soit à bondir soudainement de sa chaise parce qu’il ne peut plus se contenir/ concentrer (Elémentaire), soit à ramper sous les chaises et tables de la classe (Maternelle)…

    En effet, notre référentiel DE FONCTION précise bien dans le cadre de nos missions d’Accompagnement à la Vie Sociale, que nous devons (…grâce à notre feeling, peut-être? ou notre « gentille personnalité »?), ANTICIPER les CRISES de l’élève, l’AIDER à S’APAISER;

    Que faire alors sans licence en psychologie ? ou à partir de notre récolte d’avis divers en provenance des personnels enseignants / encadrants de l’école ?

    Oui, le Gouvernement doit le savoir, l’inclusion scolaire des enfants handicapés est une priorité, appuyer l’action de leurs accompagnants (plus de formations spécifiques aux handicaps comportementaux / de communication, augmentation de salaire tenant compte de la complexité de notre fonction) devrait en être une autre…tout aussi importante!

    Merci en tout cas pour cet article et les témoignages inclus d’AVS.

    Audrey, AVS.

    Aimé par 2 personnes

      • A quand le passage par de jeunes volontaires au Service Civique pour combler les postes d’AVS vacants ?: seuls 472,97 euros nets mensuels (indemnité) à sortir pour l’Etat, pour chaque jeune engagé… c’est tip-top ça!

        A bientôt sur le blog!

        J'aime

  2. du personnel jeune encore , absolument pas qualifié , pour faire le bouche trou pendant un an, avec une reconnaissance de misère
    honnêtement, désolé audrey choiseau mais je pense que c’est une très mauvaise idée!ne serait-ce que pour les enfants accompagnés
    je crois que l’accompagnement des enfants en situation de handicap est déjà assez précaire et effectué par du personnels assez précaire comme ça!!!
    je crois que l’état ferait mieux de se bouger le c** et arrêter de prendre les gens (les avs, aesh, parents et enfants) pour des c***

    Aimé par 1 personne

  3. Bonjour Pitou!
    Bien évidemment, ce commentaire se voulait ironique quant au manque d’efforts déployés par le Gouvernement en direction des personnels que nous sommes, chargés d’encadrer scolairement des enfants atteints de handicap.
    Tout à fait d’accord pour le reste de votre commentaire!
    Bonne journée.

    Aimé par 1 personne

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