Il manifeste devant le rectorat pour accompagner son fils handicapé lors des sorties scolaires

En mars, nous avions évoqué le cas d’un papa qui se bat pour accompagner son fils qui souffre de pathologie nécessitant des soins. Ce jeudi, il a manifesté devant le rectorat à Lille

Jeudi, l’entrée du rectorat, rue Saint-Jacques, a été plutôt animée entre 11 h et 14 h. Un petit groupe manifestait avec fumigènes, corne de brume et pancartes accusant le personnel de l’école Sévigné (à Mons-en-Barœul) de « stigmatiser un enfant handicapé » ou évoquant le refus de laisser un père accompagner son enfant handicapé lors des sorties scolaires.
À l’initiative de cette manifestation, le père d’Hocine (prénom d’emprunt) qui s’est lancé depuis deux ans dans un combat pour pouvoir accompagner son fils souffrant d’un rétinoblastome, l’une des tumeurs de la rétine cancéreuses de l’enfant les plus courantes, et d’une maladie de peau.

Cette pathologie nécessite qu’avant et après chaque séance de piscine, on applique sur sa peau un savon antiseptique ainsi que différentes crèmes. Des soins dont l’enfant a impérativement besoin et que le père tient absolument à lui prodiguer. Car, pour l’instant, l’enfant n’est pas accompagné par une auxiliaire de vie. Selon le père d’Hocine, la Maison départementale du handicap a refusé sa demande l’an dernier. Il compte la renouveler pour la rentrée.

En attendant, il se bat contre le rectorat. Il y a néanmoins été reçu le 2 juin dernier dans le cadre d’une réunion avec des membres de l’institution dont une inspectrice d’académie et un médecin. « Ils essayent de me dissuader d’accompagner mon fils, indique-t-il. Mais je ne suis que dans mon bon droit. » Mais est-il dans son bon droit ? Sollicté, le rectorat répondra à cette question dans les prochains jours.

http://www.lavoixdunord.fr/182509/article/2017-06-23/il-manifeste-devant-le-rectorat-pour-accompagner-son-fils-handicape-lors-des#utm_medium=redaction&utm_source=facebook&utm_campaign=page-fan-vdn

La pétition qui atteint 30 000 signatures ! « Pérennisez et formez les AVS, auxiliaires de vie scolaire ! » A signer, à partager

Je suis maman d’une enfant de 8 ans dyspraxique. La dyspraxie est un trouble qui affecte la planification, la coordination et l’automatisation des gestes. Cela a des conséquences sur la vie courante et entraine bien souvent des difficultés scolaires. Après bien des bilans médicaux, une prise en charge de 3 ans en orthophonie et en psychomotricité une fois par semaine, ma fille suit normalement en CE1. Elle a une Auxiliaire de vie scolaire qui l’aide quelques heures par semaine. Comme elle, de nombreux enfants et adolescents en situation de handicap sont scolarisés. Certains ont une AVS qui leur est précieuse et leur permet de réussir. C’est le cas de ma fille.
A la rentrée 2016, 280 000 enfants en situation de handicap étaient scolarisés normalement. Mais parmi eux, seuls 125 000 bénéficiaient d’un accompagnant. Tout le monde n’a pas la chance de ma fille et je trouve cela injuste.

De plus, les AVS sont peu formées et souvent bien après avoir commencé leur contrat. Ce sont souvent des personnes en demande d’emploi depuis plus de 6 mois à qui on a proposé ce travail. La tâche n’est pas simple, elles peuvent accompagner tout enfant en situation de handicap: dysphasique, dyspraxique, dyslexique, autiste, handicapé moteur cérébral, ou autre. Elles font souvent un travail formidable. La plupart sont en contrat aidé, renouvelable tous les ans, jusqu’à 6 ans mais toujours en CDD. Ce qui signifie que l’élève change bien souvent tous les ans à date fixe d’AVS. Cette situation n’est simple pour personne: l’AVS, l’enfant et l’enseignant ou l’équipe éducative qui doivent tous se réadapter à la nouvelle situation.

La Conférence Nationale du Handicap du 19 mai 2016 avait établi que les 50 000 emplois d’AVS devaient être progressivement transformés en emploi d’Accompagnant des élèves en situation de handicap: un emploi pérenne. Mais pour de nombreuses familles comme pour moi, rien n’a changé: cette année, une fois encore, ma fille a eu une interruption d’un mois après la fin du contrat de son AVS et j’ai rapidement vu ses résultats chuter alors que la maîtresse me disait que ma fille était une bonne élève mais ne pouvait montrer son véritable potentiel sans l’aide de son AVS.
Avec un salaire de 775 euros pour 20 heures de travail, peu ou pas de formations pour accompagner les élèves, rien n’est fait pour faciliter l’inclusion de nos enfants à l’école et la vie de ces auxiliaires de vie.

Il y a de merveilleuses AVS et AESH qui se consacrent avec passion à leur métier. Elles l’aiment, se forment seules en s’aidant de lectures sur le net ou par réseaux. Les enfants s’y attachent, prennent des habitudes de travail et lorsque le contrat (de date à date donc souvent en plein milieu de l’année scolaire) s’arrête brutalement, tout est à recommencer. L’enseignant, l’élève, l’AVS doivent de nouveau construire une relation et des méthodes de travail. Un élève devrait pouvoir conserver son AVS le plus longtemps possible. Ma fille, 8 ans, a eu 3 AVS en deux ans !
M.MACRON dans son programme présidentiel annonçait que chaque enfant scolarisé en situation de handicap aurait une AVS.
Nous demandons donc à Emmanuel Macron de tenir cette promesse en :
– s’assurant que chaque enfant handicapé scolarisé en France ait une auxiliaire de vie
– donnant à ces personnes une réelle formation un salaire à la hauteur.
– enfin et surtout, en leur proposant des contrats pérenne (CDI) pour qu’il soit efficace et attire les vocations.

NOS ENFANTS SONT L’ AVENIR DU PAYS. TOUS ONT DROIT A LA REUSSITE.
Cette pétition sera remise à:
Ministre déléguée au handicap
Mme Sophie Cluzel

https://www.change.org/p/p%C3%A9rennisez-et-formez-les-auxiliaires-de-vie-scolaire-handicap?recruiter=31368741&utm_source=share_petition&utm_medium=twitter&utm_campaign=share_petition&utm_term=764447

Aubagne : une petite fille handicapée sans auxiliaire de vie scolaire, une aide indispensable en classe.

Vic sera restée sans auxiliaire de vie scolaire (AVS) pendant un mois et demi. Vic a 4 ans, elle est en première année de maternelle à l’école La Vassale, elle s’exprime bien mieux que les enfants de son âge, très dégourdie elle est pleine de vie. Cette jolie petite blonde aux yeux bleus souffre de l’amaurose congénitale de Leber, une maladie génétique, et ne voit pas depuis sa naissance. Aussi Melita, son AVS, affectée auprès d’elle en avril 2016, lui est d’une aide indispensable en classe.

« Depuis le début de l’année scolaire, Melita était à temps plein aux côtés de Vic, reconnue handicapée à plus de 80 %, témoigne sa maman, Sophie. Son contrat d’un an prenant fin le 14 avril dernier, nous avions fait les démarches de renouvellement bien en amont pour une reconduction de son poste jusqu’à fin juin ».

Le contrat de l’AVS non renouvellé sans prévenir personne.

« Je suis payée par l’Éducation nationale et dépends du lycée Saint-Exupéry, à Marseille, qui a en charge la gestion des AVS du secteur, détaille Melita. J’ai contacté les services concernés fin février, et au retour des vacances de Pâques j’étais toujours sans réponse. Baladée de service en service – la Caf, l’Éducation nationale, Pôle emploi – qui se renvoyait la balle, on a fini par apprendre que je n’étais pas renouvelée, sans obtenir de véritable raison. Je suis indignée que personne ne nous ait prévenues ».

On indique à Melita, employée comme tous les AVS du département en contrat CUI (Contrat unique d’insertion, qui dépend de Pôle emploi) qu’elle n’est plus éligible. Le parcours du combattant, que ne connaît que trop bien Sophie depuis la naissance de sa fille, commence alors.

« Il avait été déjà compliqué de trouver une école qui accepte Vic… Elle va grandir dans un monde de voyants sans y voir, c’est dès maintenant qu’elle doit s’intégrer, la scolariser dans un établissement spécialisé ne me semble pas la solution… » « On a appelé partout, sans retour, regrette-t-elle. Il manque tellement d’AVS… Je me suis entendue dire que je devais m’estimer heureuse d’en avoir une ! Je connais une petite, autiste, en maternelle elle aussi, déscolarisée faute de pouvoir être suivie ».

Aveugle, Vic, 4 ans et en maternelle, a besoin d’une AVS
Et la maman indignée de poursuivre : « On s’est alors exprimé, avec mon mari, sur les réseaux sociaux pour sensibiliser sur notre situation, message largement repris qui nous a permis d’avoir des contacts auprès de Pôle emploi et de l’inspection académique. » Mais ce n’est pas la fin du combat pour autant. Melita n’est pas reconduite, et c’est elle également qui assurait l’accompagnement des élèves à la cantine, cette fois sous contrat de 6 h avec la mairie qui ne peut la prolonger dans cette fonction si l’Éducation nationale ne le fait pas en tant qu’AVS… Le serpent se mord la queue.

Le cri d’alarme lancé sur les réseaux sociaux finira par payer… Après un mois et demi.

Une solution est finalement trouvée par la Ville pour la cantine, les lundis et jeudis midi. Les autres jours, Sophie, très entourée, arrive à faire récupérer sa fille, qui ne peut rester manger sans auxiliaire pour des questions d’assurance de l’école. École qui est dirigée par Edwige, aussi maîtresse de la petite fille et un vrai soutien pour la famille.

En revanche, le vendredi après-midi reste problématique et soumis à une véritable organisation. En effet, la maman est tout de même obligée de ne pas travailler, son enfant ne pouvant bénéficier des activités périscolaires.

Finalement, le cri d’alarme lancé sur internet paie. Fin mai, l’Éducation nationale fait savoir à Melita, actuellement au chômage donc, qu’elle sera à nouveau AVS dès la rentrée de septembre. « Ils se disent sûrs à 80 % que je serai auprès de Vic, espère-t-elle. C‘est par affection pour elle que j’ai accepté un contrat différent, je ferai une heure de plus pour 100 € de moins ». Tandis qu’après un mois et demi seule ou presque, Vic est désormais accompagnée par Isabelle, depuis le 1er juin jusqu’à la fin de l’année scolaire. « C’est un soulagement, confie Sophie, mais Vic s’est attachée à Melita et j’espère qu’à la rentrée nous ne serons pas déçus ».

http://www.laprovence.com/article/papier/4506443/une-petite-fille-handicapee-se-retrouve-sans-avs.html

AESH : Parents, je t’aime, moi non plus (3)

Résumé des deux épisodes précédents.

Je débute dans le métier et on me confie un élève multi-dys fourbi de l’étiquette « bon courage ». Je découvre tout de ces (et ses) handicaps. L’élève de 4ème ne sait strictement rien faire, sauf lire, mais il ne comprend visiblement pas ce qu’il lit. La « réunion » mérite le déplacement, il faut pousser les murs pour accueillir les nombreux professionnels « penchés » sur le cas. Je n’y apprend pas grand chose d’utile, puis vient mon tour.

Ce que j’ai envie de dire :

Comment un élève de quatrième peut-il être aussi démuni devant les apprentissages ? Même si on essaie de rester optimiste, on part du niveau zéro. Je n’ai absolument aucune idée de comment on redresse un cas aussi désespéré. De l’époque où je viens (j’ai eu mon bac en 1975), un tel niveau scolaire aurait été imaginable en CE1 et cet adolescent n’aurait pas dépassé le CM2.

Ce que je dis :

Je le découvre (la réunion a lieu peu de temps après mon arrivée). Il a l’air participatif (effectivement, il prend bien les corrections à partir d’une page blanche ou d’un champ de bataille de chiffres et de lettres). Nous allons travailler au plus près des parents qui sont particulièrement persuadés que leur fils peut faire de grande chose (une faute d’orthographe volontaire permet d’envisager un objectif raisonnable).

S’ensuit une rencontre dédiée avec les parents qui m’en disent plus sur le jeune homme. Il a un frère « tête d’ampoule » et ce serait une raison de son blocage. Il aime l’informatique (quand ils aiment l’informatique, c’est souvent qu’ils aiment surtout les jeux vidéo). Tout le monde l’aide et il travaille à la maison. Je leur promets que je vais les tenir au courant quotidiennement de l’avancée des travaux (par mail). Nous nous quittons plein d’espoirs.

Les premiers temps

Nous apprenons à nous connaître. Il est poli, un peu beaucoup trop en retrait et les conversations ressemblent à des longs jours sans pain, ni croûte, ni mie. J’ai beaucoup de mal à le cerner, à trouver un seul de ses centres d’intérêt. Probablement les jeux vidéo, un monde qui m’est aussi opaque que les secrets du crochet et du point de croix. Je m’apprête à ramer, même si cet adolescent ne montre pas de mauvaise volonté caractérisée.

La suite (prochainement). Une indication : c’est juste une affaire de taille de rame !

Le DEAES : L Education Nationale ne reconnait pas ce nouveau diplôme

Le Diplôme d’Etat d’Accompagnant Educatif et Social option accompagnement à l’éducation inclusive avait initialement pour objectif de professionnaliser le métier d’AVS ( auxiliaire de vie scolaire ) AESH ( Accompagnant d’Elève en Situation de Handicap).
Le DEAES a été décrié dès le départ par les principaux concernés et par les syndicats. Un an après le début des premières sessions, leurs craintes semblent justifiées.
La majorité des centres de formation ne proposent pas l’ option  » accompagnement à l’éducation inclusive », celle censée permettre la professionnalisation du métier d’AVS ou AESH. Il semblerait d’ailleurs que lorsque les candidats choisissent cette option quand elle existe, les centres de formation tenteraient de les dissuader en leur disant qu’il n’y a pas de débouchés.

Sarah témoigne  » En début de formation, les formateurs ont tenté de me réorienter vers une des deux autres options « Accompagnement de la vie à domicile » ou « Accompagnement de la vie en structure collective ». J’ai persisté dans mon choix mais je suis déçue: difficultés à trouver des stages, formateurs ne maîtrisant pas le contenu des différents modules… Je pense que cette formation a été proposée à la va-vite, c’est un manque de respect pour les candidats qui utilisent leur compte personnel de formation pour la financer! »

Le financement, autre point noir. Pôle emploi et autres organismes financeurs rechignent à financer l’option « accompagnement à l’éducation inclusive » et pour cause …

L éducation Nationale ne reconnait pas ce nouveau diplôme et continue d’embaucher par le biais de Pôle Emploi des AVS en contrat aidé type CUI à 20h/semaine pour un salaire de misère. L’Etat ne semble pas prêt à débloquer les moyens nécessaires pour embaucher des personnes diplômées Accompagnant Educatif et Social .
Reste à savoir si dans les années à venir la formation au DEAES sera proposée aux AESH déjà en poste avec les aménagements nécessaires pour la suivre en cours d’emploi.

Action sociale en faveur des personnels

L’action sociale en faveur des personnels s’inscrit pleinement dans le cadre de la politique de l’employeur. Sa mise en oeuvre tient compte des particularités académiques. Elle est évaluée au niveau académique et au niveau national.

Les prestations d’action sociale sont des prestations à caractère facultatif, versées dans la limite des crédits disponibles. Elles ne peuvent donner lieu à un rappel.

– La date limite de dépôt des dossiers est une date impérative : TOUT DOSSIER PARVENU INCOMPLET AU RECTORAT APRES LA DATE LIMITE INDIQUÉE NE SERA PAS PRIS EN COMPTE

SONT BÉNÉFICIAIRES DE L’ACTION SOCIALE 

LES PERSONNELS relevant du ministère de l’Éducation nationale (enseignement public, enseignement privé sous contrat)

Droits ouverts à l’ensemble des prestations
(Prestations interministérielles (PIM), Action Sociale d’Initiative Académique (ASIA) ainsi que les secours) :

– les agents stagiaires et titulaires en activité, rémunérés sur le budget de l’Education nationale
– les enseignants des établissements privés sous contrat
– les retraités de l’enseignement public domiciliés dans l’académie
– les retraités de l’enseignement supérieur radiés des cadres avant l’intégration de leur établissement à l’Université de Lorraine et domiciliés dans l’académie
(Intégration à l’U.L: Nancy I: janvier 2009 / Université de Metz: janvier 2010 / INPL: janvier 2010 / Nancy II: janvier 2011 / ENSAM: janvier 2015 / ENIM: janvier 2016)
– les travailleurs handicapés ayant conclu un contrat de douze mois (bénéficiaires de l’obligation emploi)
– les agents recrutés au titre du PACTE
– les agents contractuels ayant un contrat d’une durée initiale égale ou supérieure à 10 mois
les assistants d’éducation ayant une mission individuelle (AESH et AVS-I), recrutés par les services déconcentrés (rectorats et DSDEN) et payés sur le budget de l’État.

N.B *: Les ASIA et les secours sont également accessibles aux agents contractuels ayant un contrat de droit public, d’une durée initiale égale ou supérieure à 6 mois et rémunérés sur le budget de l’État et aux assistants d’éducation (AED et AVS-co).
* Les apprentis fonction publique bénéficient des prestations suivantes :
– Prestations Interministérielles « restauration », « aide aux enfants handicapés », « aide aux séjours d’enfants » à l’exclusion des séjours en centre de vacances avec hébergement ;
– Actions Sociales d’Initiative Académique, à l’exclusion des dispositifs CIV et « aide au logement » ;
– Secours et prêts.

En l’état actuel de la réglementation, ne sont pas bénéficiaires : les personnels recrutés en contrats aidés. Les personnels dont le contrat initial est d’une durée inférieure à 6 mois, même s’ils bénéficient d’un renouvellement de contrat en cours d’année sans période interruptive ; il en est de même pour les agents vacataires.

Mode de calcul du quotient familial (QF)

Revenu brut global de l’année N-2 divisé par le nombre de parts fiscales. (Renseignements figurant sur le dernier avis d’imposition) : pour 2017, revenus de 2015 figurant sur l’avis d’imposition reçu en 2016.
En cas de changement de situation familiale en cours d’année, les conditions de ressources peuvent être revues.

QF inférieur ou égal à 14 000 euros (revenus 2015) pour les prestations académiques (sauf aide aux vacances des retraités, aide au logement et CIV) ;
QF inférieur ou égal à 12 400 euros (revenus 2015) pour les prestations interministérielles soumises à condition de ressources. *

http://www.ac-nancy-metz.fr/action-sociale-a-destination-des-personnels-32025.kjsp

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« Handicapée, je ne peux continuer à enseigner dans mon académie »

Handicapée, je ne peux continuer à enseigner dans mon académie ; le rectorat de Créteil refuse d’aménager mon poste de travail et de m’octroyer le bénéfice de l’insertion professionnelle.

Je suis enseignante en collège en Seine Saint Denis. J’y ai fait toute ma carrière en établissement « difficile », des quartiers Nord d’Aulnay sous Bois, au Bas Montreuil. J’enseigne l’histoire-géographie depuis le début des années quatre-vingt-dix, et depuis récemment à des élèves allophones. Si je le mentionne c’est par ce que cela entre en résonnance avec ma trajectoire personnelle.

Atteinte d’une dégénérescence auditive croissante d’origine héréditaire qui a évolué en une surdité profonde, je me regarde décliner depuis la fin des années 90 : difficultés à exercer mon métier, isolement croissant, incapacité de lier connaissance spontanément, de fréquenter les lieux publics bruyants, de téléphoner même aux parents d’élèves, d’écouter la radio, etc. J’ai tu à tout mon entourage personnel et professionnel le développement de mon handicap.

Mais juin 2016, il est devenu non compensable et j’ai subi une très lourde opération d’implantation cochléaire des deux oreilles. Après 4 mois de convalescence, j’ai repris mon poste dans le collège où j’enseigne depuis une dizaine d’années avec une lourde rééducation hebdomadaire orthophonique et psychologique. La direction de mon établissement et mes collègues ont fait en sorte que tout se passe pour le mieux. Mes ami.e.s, à qui je ne pouvais plus cacher les choses m’ont accompagnée dans cette épreuve. Et surtout les merveilleux doigts de fée ma chirurgienne ont fait que j’ai gardé le bénéfice de l’écoute de la musique, élément structurant de ma vie, que j’ai failli perdre à jamais.

66 millions de spécialistes expriment leur avis sur le handicap, un peu comme sur l’enseignement de l’histoire. Je m’y connais plus dans ce domaine, je découvre tout juste le premier depuis que je l’accepte et l’assume. Je vois ce qui est (toujours perfectible), ce qui devrait être (une insertion personnelle et professionnelle la plus large possible), les droits pour lesquels il faut toujours se battre et s’informer seul.e, les devoirs que j’enseigne en EMC (ceux de la Nation envers les citoyen.ne.s les plus fragiles inscrits dans la Constitution au titre de la solidarité nationale). Je vous propose un moment de confrontation violente avec ma réalité.

Janvier 2017, pour reprendre mon poste j’ai du batailler afin d’obtenir un allègement et un aménagement de service, pourtant prescrits par tous les personnels médicaux qui me suivent, auprès de la médecine préventive de l’académie d’une part et du service des ressources humaines du rectorat de Créteil d’autre part. Bénéficiant depuis peu d’une Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH), on m’a octroyé une allègement de 3 heures de cours devant élève par semaine et un aménagement journalier (pas plus de 4h de cours par jour) à titre transitoire. Tout le paradoxe de la surdité est là : le/la sourd.e « réparé » souffre du bruit, et de la nécessité de compenser notamment par une lecture labiale permanente ce qu’il/elle n’entend pas. Imaginez-vous ce que cela donne dans un collège de cinq cent élèves en interaction avec 24 élèves à chaque heure ? J’ai demandé en mai dernier à pouvoir bénéficier de ces mêmes conditions de travail pour la prochaine rentrée. Titulaire de mon poste, je souhaite pouvoir continuer, conformément aux prescriptions de la Maison du Handicap, à exercer mon métier avec un poste aménagé.

Réponse à ma demande tombée le 19/06 dans ma boîte mail :

« Chère Madame,

La commission d’harmonisation des médecins du 15/06 ne propose pas de reconduction d’allègement horaire pour vous à la RS 2017-2018.

Cordialement. »

Cette commission ne m’a pas entendue, encore moins rencontrée, la sentence qu’elle assène ne mentionne pas les recours possibles de la personne déboutée, je n’ai aucun interlocuteur/trice direct.e hormis les secrétariats que j’ai contactés mais qui ne répondent pas. Pourtant, la RQTH est là pour favoriser le maintien dans l’emploi avec aménagement du poste occupé. Ma pathologie n’est pas évolutive, ma surdité est profonde, mon appareillage est lourd – je vis avec du métal sous la peau du crane, des électrodes dans les oreilles, des plots aimantés reliant les deux posés sur ma tête toute la journée, je dois les ôter le soir et les remettre le matin ; je tente de les dissimuler un peu sous mes cheveux. Si la rééducation orthophonique améliore ma compréhension, me permet de déjouer quelques pièges de la phonétique et de résister, je reste handicapée et reconnue comme telle. Rien n’a changé en somme, sauf la possibilité d’exercer mon métier.

En toute connaissance de cause, bafouant de multiples avis médicaux réduits aux délires psychotiques de vulgaires charlatans, au mépris de la loi et des statuts qu’elle octroie, le service des ressources humaines du rectorat de Créteil et sa médecine préventive – institutions du service public d’Éducation Nationale – piétinent allègrement mes droits, se dispensent tout aussi prestement de leurs devoirs et me privent du bénéfice du travail personnel sur mon handicap et de celui de l’insertion professionnelle par l’emploi.

Certain.e.s sont En Marche !, pour ma part je suis à genoux. Je me tiens mieux debout, et je ne suis pas encore muette, ce qui explique cette impudique lettre ouverte. Acculée, je n’ai rien à perdre. Je crois en la force du collectif, je crois aux luttes nécessaires et aux droits des citoyen.ne.s, et je m’autorise ici la pratique d’un enseignement interdisciplinaire – un EPI personnel. J’organise comme je peux mon recours par la voie syndicale. J’ai également alerté la Secrétaire d’État en charge des personnes handicapées, Madame S. Cluzel et ses services.

Chaque année jusqu’à la fin de ma carrière je vais devoir refaire ce chemin de croix et revivre ce calvaire. Autant que celles et ceux qui devront l’affronter, avec moi et après moi, en soient informé.e.s.

L’académie de Créteil, et en particulier la Seine Saint Denis est un territoire perdu qui ignore la République.

https://blogs.mediapart.fr/vservat/blog/220617/handicapee-je-ne-peux-continuer-enseigner-dans-mon-academie